Communiqué du Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient (Monastère Notre Dame de Balamand — 30 août 2013)

Press Conference Balamand - 31 August 2013[ Carol Saba: Je vous prie de bien vouloir trouver ci-joint copie de la version française du communiqué du Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient rendu public en date de ce jour lors d’une conférence de presse présidée par Sa Béatitude Jean X, primat de l’Eglise grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient, au monastère Notre Dame de Balamand (Liban), lors de laquelle il a évoqué la situation difficile et tendue en Syrie et au Proche Orient ainsi que la question douloureuse de l’enlèvement des deux métropolites d’Alep, Paul (YAZIGI) pour les grec-orthodoxes, et Jean (IBRAHIM) pour les syriaques orthodoxes. – source photo: Monastère patriarcal de Balamand ]

Communiqué du Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient

Monastère Notre Dame de Balamand — 30 août 2013

« J’élève mes yeux vers les montagnes, d’où vient mon secours » (Psaume 121)

Nos pays traversent une période difficile et des circonstances dures. De grands dangers menacent leurs peuples. La situation douloureuse qui est devenue la nôtre nous attriste : des attentats contre les individus, les tuant, les enlevant, les déplaçant de leurs lieux de vie, l’utilisation des armes de destruction massive, le non-respect des chartes internationales, les explosions itinérantes qui détruisent les intérêts des personnes et des patries, l’instrumentalisation de la religion pour distiller la séparation entre les enfants de la même patrie. La guerre même menace désormais nos patries et les possibilités de paix deviennent difficilement atteignables. Dans ces circonstances, il importe à notre Église, qui est enracinée dans cette terre, d’affirmer les constantes sur lesquelles elle s’est appuyée de par les époques pour traiter avec les affaires publiques, et de demander aux instances internationales de prendre les mesures capables de protéger les habitants de ces contrées. Elle invite tous les États concernés à se hisser, directement ou indirectement, au-dessus de leurs propres intérêts étroits et à aider à préparer en Syrie l’assise appropriée pour renforcer les fondements de la solution politique pacifique et ce, en instaurant la logique de dialogue au lieu de celle de l’épée et du feu. Nous exhortons de même les instances supranationales à adopter de nouvelles approches pour redonner la sécurité et la tranquillité à l’être humain de cette région, qui paie le prix cher en raison de ces circonstances qui sont celles aussi du Liban, de l’Irak, de la Palestine ou de l’Égypte. Si nous lançons aujourd’hui ce cri à l’attention de l’opinion publique mondiale, c’est que les drames se répètent et portent atteinte à chacune des demeures tranquilles de nos villes et de nos villages. Nous condamnons toute atteinte aux libertés, ainsi que toutes agressions contre la dignité de la personne humaine. Nous les condamnons dans la logique de l’instinct divin qui est planté dans le cœur de chaque être humain. Nous les condamnons aussi dans la logique de l’Évangile et de l’enseignement du Christ, l’Apôtre de l’amour et de la paix. Nous les condamnons de même dans la logique des traités internationaux. C’est là notre position en tant qu’Église et comme peuple, à l’égard de tous les événements qui nous entourent aujourd’hui. Nous ne nous considérons point nous-mêmes comme une minorité religieuse et nous ne permettons pas aux autres de nous regarder ainsi à travers ce prisme mais à travers l’angle de la responsabilité nationale et du partenariat plein et entier dans la citoyenneté. Nous allons œuvrer avec toutes les personnes de bonne volonté pour élaborer une position nationale de rassemblement qui émane de nos convictions sur la personne humaine et la société, et du rôle de la politique dans la garantie de leur croissance culturelle et de civilisation. Et l’enlèvement de nos frères les métropolites Jean (IBRAHIM) et Paul (YAZIGI) n’est dans ce contexte, qu’un cas parmi de nombreux autres cas qui portent atteinte à nos compatriotes, et devant lesquels nous ne pouvons rester les bras croisés.

A cette occasion, il nous importe de rappeler que quatre mois se sont écoulés depuis cet enlèvement. Cette période a été remplie de spéculations, de pronostics, de rumeurs et d’analyses autour des raisons de leur enlèvement, des circonstances de leur captivité, et même de leur sort. Tout au long de ces mois, notre Église n’a cessé de prier pour eux, implorant Dieu le Tout puissant de les couvrir de Sa clémence. Notre Église n’a cessé de le faire tout en demeurant pleinement consciente que nos méthodes à nous, les croyants en l’amour et les promoteurs de paix, ne peuvent qu’être en harmonie avec les exigences de la foi qui est la nôtre, qui est enracinée dans la Croix et dans l’espérance de la résurrection. Et au moment où nos cœurs ainsi que les cœurs de notre peuple croyant battaient, voire même étaient essorés par la prière et l’imploration pour le retour sain et sauf de nos deux frères évêques et de tous les enlevés, le Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient n’a laissé de côté aucun effort, n’a épargné aucun canal de contact avec les instances internationales et régionales sans le poursuivre, et n’a exclu aucune porte internationale, ecclésiale ou locale, sans la solliciter, mais nous n’avons pas réussi à avoir des informations attestées sur ce dossier « humain » en premier lieu. Nous ne pouvons que remercier tous les efforts qui ont été déployés ici et là pour suivre cette question, et nous apprécions les positions humanitaires nobles qui se sont exprimées et les tentatives qui nous ont présentées une main d’aide et de solidarité, même si elles n’ont pas abouti à l’objectif espéré. Il reste que les responsables de cet acte, et ceux qui se tiennent derrière eux, et ceux qui ne prêtent pas attention à leur action, sont parfaitement conscient du mauvais impact qu’a sur la région et ses habitants, l’enlèvement de telles personnalités chrétiennes. Mais nous sommes déterminés en tant que collectivité humaine croyante dans son rôle de civilisation, et comme partie intégrante et indissociable du tissu social de cette région, à ne pas s’écarter de nos positions historiques. Nous resterons enracinés dans cette terre, œuvrant â être en elle des promoteurs de paix et de dialogue. Malgré cela, nous condamnons ce qui s’est passé et nous sommes étonnés de l’absence d’actions agissantes pour mettre fin à cette réalité amère. Nous sommes aussi très perplexes, ô combien perplexes, du caractère limité des informations recueillies à propos de cet enlèvement. Pour cela, nous allons planifier de nouveaux épisodes de contacts incessants pour que les choses arrivent à une bonne conclusion, le plus rapidement possible. Le silence et l’occultation vont nous rendre encore plus déterminés et insistants à demander la libération des deux évêques, et de tous les enlevés. Nous considérons que la communauté internationale dans son ensemble est responsable de mettre fin à cette situation, en espérant que cette action de bonne volonté puisse s’étendre à la situation de la région, dans son ensemble. Nous entendons cette communauté internationale verser de temps en temps des larmes sur la situation des chrétiens d’Orient, s’attristant de ce qu’elle prétend être leur mauvaise situation. Nous n’avons pas besoin d’une telle consolation car notre sort dans nos patries est le même sort que celui de nos frères dans la citoyenneté avec lesquels nous vivons avec amour et entente depuis de longues décennies. Nous avons besoin d’une aide réelle pour dévoiler le sort de nos frères évêques, et nous sommes confiants que la société internationale, si elle veut, a la capacité d’aboutir à une solution à cette affaire.

Nous prions pour que Dieu soit clément avec ceux qui ont péri à cause de ces actions, qu’Il console les cœurs des personnes attristées, et qu’Il fortifie ceux qui sont dans la détresse.

Que le Dieu Très Haut nous garde par Sa droite, qu’Il inspire à tous le bon chemin à suivre.

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