Métropolite Joseph – lettre pastorale, Pâques 2007

Le Métropolite Joseph

LETTRE PASTORALE

POUR LES SAINTES FETES DE PAQUES

2 0 0 7

à tout le clergé, aux moines et au peuple orthodoxe de toute la Métropole

Révérends Pères,

Chers fidèles,

La nuit où nous recevons l’annonce de la Résurrection du Christ nous trouve à nouveau réunis autour de l’Eglise. Nous sommes au pied de la Croix restée sans Celui qu’elle retenait dans une souffrance injuste, à l’ombre du tombeau vide, qui prétendait retenir pour toujours dans la mort le Donateur de vie! La Nouvelle portée par l’Ange d’abord à la Vierge Marie, la Mère de Dieu: « réjouis-toi, Vierge pure, car ton Fils est ressuscité le troisième jour du tombeau », nous est apportée aussi en ce jour, une nouvelle qui nous libère, qui illumine notre âme, qui nous remplit de joie devant le tombeau vide!

Sur le chemin béni du Grand Carême, nous avons pris l’habitude de regarder avec plus d’attention la Croix du Christ. En ce temps, nous avons essayé plus que d’habitude de la recevoir et de la comprendre comme étant aussi notre Croix, que le Christ porte aussi pour nous et pour le monde entier, la lourde Croix de notre vie.

La Croix du Christ est enracinée dans le cœur du monde comme un nouvel Arbre de Vie, sur lequel le Christ Lui-même devient fruit, mais aussi Arbre de vie en même temps, le médicament ou la « plante médicinale » qui nous assure, à nous qui voulons être guéris de la mort, la vie éternelle (St. Hyppolite de Rome, Homélies Pascales I, SC 27, Paris 2003). Cela nous fait comprendre que l’arbre de la connaissance du bien et du mal du Paradis n’était que la figure de l’arbre qui allait venir, la Croix du Christ, avec la vraie connaissance de Dieu par Son Fils. Car de Sa propre vie, le Christ – Arbre de vie, nous nourrit et nous abreuve, comme il est dit dans les Psaumes sur l’homme qui enracine sa vie dans le Seigneur: « Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, qui donne son fruit en sa saison, et dont le feuillage ne flétrit point : tout ce qu’il fait lui réussit. Il n’en est pas ainsi des méchants : ils sont comme la paille que le vent dissipe … » (Ps 1, 3-4). Dans le fruit du nouvel Arbre de vie nous trouvons la nourriture forte, qui nous fait grandir dans le Royaume et échapper à la peur de la mort qui nous tient en esclavage, nourriture par laquelle se sont accomplis et s’accomplissent le pardon et la victoire sur notre péché. Dans la figure du Pain et du Vin Il nous donne Son propre Corps et Son propre Sang comme fruit de la Croix, de Sa Mort et de Sa Résurrection, afin que nous puissions venir sans cesse à la vie, nous pécheurs. Nous recevons la Nourriture forte afin de pouvoir grandir jusqu’à la connaissance parfaite du Christ comme Fils de Dieu, comme unique Sauveur, jusqu’à « l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ» (Eph 4, 13). Car nous communions au Christ crucifié, mort et ressuscité, le fruit sans prix de la Croix, le Nouvel Arbre de Vie, qui s’avère être l’Echelle qui nous mène de la terre au Ciel, que le patriarche Jacques a vue en rêve (Genèse 28, 12).

Sur la Croix, le Christ nous apprend à renoncer à notre volonté propre afin d’accomplir la Volonté du Père céleste.

Sur la Croix, portant la couronne d’épines – le fruit de la terre maudite après la chute d’Adam (Genèse 3, 18) – le Christ apporte le pardon au monde entier et arrache l’épine de la haine et de l’impuissance à pardonner, qui a poussé dans le monde après le péché des ancêtres, et Il lève la première malédiction. (Luc 23, 34)

Sur la Croix, le Christ boit le fiel amer mêlé de vinaigre, signe de l’amertume du péché pour l’âme, péché qu’Il prend sur Lui et dont il nous purifie. (Jn 19, 29)

De la Croix devenue sanctuaire divin, le Christ nous rend la Vie, jaillie de Son flanc, comme jadis à Eve du flanc de l’ancien Adam, nous abreuvant à la source donatrice de vie, après nous avoir d’abord lavés dans l’eau du baptême, et Il fait de nous des fils du Père céleste. De Son flanc, comme jadis Eve d’Adam, naît l’Eglise, dans laquelle nous renaissons à la vie éternelle.

Sur la Croix – nous dit le Seigneur à travers le bon larron – le repentir nous ouvre aujourd’hui les portes du paradis et de la miséricorde de Dieu (Luc 23, 42-43).

Pendant que le Christ est encore sur la Croix, toute la création, visible et invisible, céleste et terrestre, frémit devant les injustes souffrances et devant la mort de Celui qui est totale Bonté, mais aussi devant le mystère du salut qui s’accomplit en ce moment. Le soleil s’assombrit en glorifiant Celui qui est la vraie « Lumière du monde » (Jn 8, 12), la terre trembla, les rochers se fendirent, le voile du temple se déchira en deux, les sépulcres s’ouvrirent et plusieurs morts ressuscitèrent, et tout cria sans voix, avec le centurion: « Assurément, Cet Homme était Fils de Dieu. » (Matt 27, 51) et encore, tout confesse que le Crucifié est le « Rocher spirituel » auquel tous ont bu dans le désert (I Cor, 10,4) et la « pierre angulaire…», «… qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient… », « choisie, précieuse, et celui qui croit en elle ne sera point confondus » (I Pierre, 2, 6).

Mais voici que le soir tombe, que le Soleil de justice s’est couché, et le Malin croyait avoir vaincu le Créateur de tous, Celui qui n’a pas de commencement ; le voyant couché dans le tombeau, il croyait que notre corruption serait aussi la Sienne et qu’il pourrait, lui le Malin, nourrir son orgueil infini de la victoire sur Lui. Mais la corruption et la mort cherchaient en vain en Lui les traces du péché pour s’en nourrir ! car « … le prince du monde vient; il n’a rien en Moi» (Jn 14,30) dit le Sauveur. Et ne trouvant point de trace du péché, rien dont elles puissent se nourrir en Lui, la Mort et la corruption se font pour elles-mêmes mort et corruption.

Après le Samedi Saint, où en vérité Dieu s’est reposé de Ses œuvres, voici que le tombeau se montre vide. Il a été vidé de la mort par Celui qui remplit tout et Que la mort n’a pu retenir. Le Christ est ressuscité en brisant les portes de l’enfer et vient en vainqueur vers chacun d’entre nous. Nous aussi, ouvrons-Lui les portes de notre âme, « qu’Il entre, Lui le Roi de gloire », le Ressuscité.

Le Christ est le « Dieu fort, puissant, le Dieu fort dans le combat» vu dans les Psaumes (Ps 24,7-10), le vainqueur de l’enfer et de la mort pour notre salut. Mais Il ne peut pénétrer dans notre cœur, Il ne peut nous partager sa Résurrection que si nous choisissons aussi librement de Le recevoir et de L’aimer comme Il nous a aimés, en suivant la voie du salut que Lui-même nous propose – l’amour (Jn 15,12-17).

Chers fidèles,

Nous faisons à présent partie de la grande Communauté des pays d’Europe. En tant que chrétiens orthodoxes, Dieu nous appelle à rendre le témoignage de la vraie foi autour de nous, dans les différents pays où nous vivons. Soyons convaincus de notre identité, qui est la foi chrétienne orthodoxe. C’est un grand défi pour nous de rendre témoignage de notre foi dans le monde actuel, sans mépriser les autres, sans les juger, à commencer par la famille et les proches. C’est pourquoi c’est un devoir pour nous d’enseigner aux enfants de nos paroisses, en tant que membres de l’Eglise, comment croire. Et je vous prie de les amener aussi bien à l’église qu’à l’école paroissiale. C’est ici qu’ils pourront comprendre petit à petit leur foi et leur identité chrétienne.

Nous organisons à nouveau cette année les camps près du Monastère de Tismana pour les enfants et les adolescents de 7 à 17 ans. Votre prêtre fera, le moment venu, les annonces nécessaires pour ceux qui le souhaitent. Il s’agit de camps dans lesquels des enfants des différents pays de l’Europe pourront vivre quelques semaines ensemble, en essayant de connaître les racines de leur foi.

Chers fidèles,

Je prie le Christ, notre Seigneur, Celui qui est ressuscité des morts, d’affermir votre foi, en vous donnant toute la force et la sagesse dans votre vie de tous les jours et dans les épreuves que traversent sans doute beaucoup d’entre vous. Qu’il protège vos familles et ceux qui vous sont chers et qu’il bénisse l’œuvre de vos mains.

Je rends grâce à Dieu et je me réjouis de vous servir, avec Son Excellence l’évêque Silouane qui est en Italie et avec Son Excellence l’évêque Marc, aussi bien que tous les prêtres de notre Métropole, et tous ensemble nous prions le Seigneur de vous bénir tous les jours de votre vie.

LE CHRIST EST RESSUSCITE !

L e M é t r o p o l i t e J o s e p h

Paris, Saintes Pâques 2007

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