L’archimandrite Elisée, higoumène du monastère de Simonos-Petras au Mont Athos : intervention

L’archimandrite Elisée, higoumène du monastère de Simonos-Petras au Mont Athos : intervention à l’institut Saint Serge le jeudi 15 juin 2006

Je vous remercie pour votre réception. Comme vous l’avez dit, c’est une visite surprise, mais pour le salut on a besoin de temps.

Et comme nous n’avons pas le temps de vous parlez du salut, nous allons nous contenter d’une simple salutation.

Je voudrais d’abord vous exprimer ma grande joie et ma réelle émotion de me trouver d’une manière si simple parmi vous dans cette petite assemblée.

Nous ne l’avions pas programmé, c’est au dernier moment que père Macaire y a pensé : « et puisqu’on va passer à Paris, on ne va pas passer à Saint Serge ? »

On était passés en 1990, avec le père Emilianos, et je garde encore le souvenir de cette visite, de votre si belle église, et de l’émotion que j’avais ressentie pendant l’office – c’était des vêpres, ou un office de commémoration – et je me souviens de cette rencontre que nous avions eue avec le père Boris, ici à l’extérieur. Vous savez combien nous honorons et respectons le père Boris, et l’année dernière nous avions la joie de nous rencontrer à Bussy avec le père Boris.

Ça c’est le passé.

Et ce que nous constatons maintenant à cette visite, c’est que la vie continue à St Serge, et que l’Institut St Serge reste vivant, comme il a commencé, de manière simple, avec des difficultés, mais avec humilité, et c’est pourquoi il a avec lui la durée.

Tout ce qui démarre de manière démonstrative, n’a pas beaucoup de durée et c’est pour ça que je suis convaincu que St-Serge continuera son existence et que malgré les difficultés, au sein des difficultés, vont se trouver des moyens de renouveler l’institut, et surtout les personnes, afin de pouvoir continuer ce témoignage liturgique et théologique.

Et c’est de le constater aujourd’hui de nos propres yeux qui nous procure une grande joie.

Et je me souviens de la dernière visite du père Job au mon Athos, lorsqu’il était diacre ; nous nous étions rencontrés à Simonos-Petras, nous avions parlé, et moi, je pensais qu’il allait devenir moine, quelque part, mais finalement St Serge l’a accaparé, et ça nous réjouit.

Ce qui est important c’est cette notion de durée. Et en ayant cette expérience que nous avons de la Sainte Montagne – son histoire n’est pas seulement une histoire de miracles, n’est pas seulement une histoire avec des périodes d’épanouissement, mais aussi avec des périodes de déclin, des périodes de chute et des relevées, afin que la protection de Dieu, la protection de la Mère de Dieu soit justifiées. Car Dieu est le début et la fin de notre vie, et qui, au sein de notre faiblesse, nous renouvelle. Et c’est ce message que je voudrais vous transmettre de la Sainte Montagne, l’assurance de la bénédiction de la Mère de Dieu, qui protège son jardin, et qui ne l’a pas abandonné au cours des siècles.

La Sainte Montagne, comme vous le savez a passé de nombreuses difficultés, et je pense que lorsque le père Boris était venu faire des recherches au mont Athos sur St Grégoire Palamas, en 1950, ce n’était pas une situation facile. En 1950, tout le monde à cette époque-là était prêt à célébrer l’enterrement du mont Athos. Il n’y a pas eu d’enterrement mais une résurrection. Et cette résurrection, tous ces moines qui se sont réunis depuis, ce renouveau de la Sainte Montagne, cette restauration de tous les monastères, c’est simplement l’aspect extérieur.

C’est des choses qui arrivent, et les monastères vont de nouveau vieillir, et nous nous allons partir de cette vie. Mais ce qui reste, c’est le parfum de la prière des pères. Et c’est ce parfum qui se transmet de génération en génération.

Lorsque nous sommes arrivés au Mont Athos, nous étions jeunes et dans cet enthousiasme de jeunesse, nous pensions que nous allions révolutionner le Mont Athos et tout renouveler. Et après 30 ans, qu’est-ce qui apparaît ? Devant toutes ces activités que nous avons déployé depuis 30 ans, ce qui apparaît c’est notre faiblesse. Et ce que nous constatons, c’est notre faiblesse. Où sont cette force et cet enthousiasme ? Et lorsque nous comprenons que nous sommes faibles et pécheurs, c’est alors que nous nous tournons vers Dieu, et que commence le salut. C’est alors que nous commençons à comprendre comment le Christ est vraiment sauveur, et comprendre que le Christ est mon sauveur. Comment peut-on comprendre ? – il faut que la personne puisse comprendre d’expérience sa faiblesse. Et même à travers ses combats, ses combats ascétiques, sa prière, son service de la communauté, tout ce qu’il a pu faire, et tout ça c’est comme un papier qu’on va déchirer, pour se présenter nu devant Dieu en disant je ne suis rien. Et c’est alors que Dieu pourra visiter l’homme.

Et c’est alors que le moine pourra comprendre quotidiennement, lorsque son âme pourra se tourner humblement vers Dieu, et son cœur se tourner vers Dieu, et il comprendra que cette prière qu’il répète « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi !  » ou « Très sainte Mère de Dieu, sauve-moi !  » ou « Gloire à Toi, ô Dieu !  » ou toute autre forme de prière qu’il peut répéter, et comprendre que cette présence du Christ est une présence personnelle qui rentre en son cœur. Et plus il sentira cette présence en son cœur, et ça deviendra pour lui une habitude, ça deviendra un évènement permanent dans son existence, et la personne commencera à comprendre, que tout ce qui passe dans cette terre est corruptible, et qu’apparaît devant lui la joie de l’éternité.

Cet élément, c’est ce qui le garde dans l’existence, c’est cet élément qui lui donne les fruits du Saint-Esprit, cette joie, qu’il comprend intérieurement, et cette foi, lorsqu’on dit que « si l’on croit tout peut arriver ».

Comme nous venons de discuter avec le père Job, si nous croyons en l’intervention de Dieu, Dieu intervient dans des évènements, même des événements matériels.

Lorsque nous sommes prêts à collaborer à cette œuvre de Dieu, qui n’est autre qu’un seul événement, ce que nous vivons ces jours-ci, de garder vivante, dans notre vie quotidienne la présence du Saint-Eprit.

Et cette foi dans l’institution de l’Eglise et dans la vie des hommes, et c’est avec ces quelques paroles, et ce que je voudrais vous souhaiter, c’est de continuer dans cet esprit, cette vie de l’institut.

C’est très important que cet enseignement théologique soit lié à la vie liturgique – une chose qui n’existe pas en Grèce dans nos facultés de théologie. Parce que là où il n’y a pas de culte, il ne peut pas y avoir de vie spirituelle. Il ne peut pas y avoir de vie commune, il n’y a pas de révélation divine. C’est seulement dans le culte divin que l’on trouvera la révélation divine.

Car Dieu a des manières régulières d’intervenir et de se manifester, et pour nous dans notre monastère, nous savons que Dieu se révèle dans le culte divin, dans la cellule du moine, quand il est seul, et dans notre relation fraternelle.

Et Dieu se révèle en permanence dans notre vie quotidienne par ces trois aspects. Indépendamment de tout effort individuel de trouver Dieu, c’est dans ces formes institutionnelles de l’Eglise que l’on trouve la révélation divine.

C’est pourquoi, malgré votre présence en plein Paris, ce lieu est un lieu où Dieu peut se révéler, lorsqu’Il trouve l’homme réceptif. Même s’il se trouve dans un coin de la chapelle, ou dans la salle de classe, ou dans le travail, Dieu peut le visiter, parce que le Saint-Esprit est libre de se manifester dès lors qu’il se trouve réceptif, sans même que nous le comprenions ; il suffit que nous ayons cette attitude humble devant Dieu, de réceptivité et de recherche quotidienne de Dieu.

Et comment trouver Dieu quotidiennement ? Et c’est cela que nous vous souhaitons, que nous recherchons avec zèle, que ça soit un désir commun de nous tous, une recherche commune, que Dieu vienne nous visiter, que le Saint-Esprit vienne se révéler à nous.

[fin de l’intervention – le fichier audio en podcast dans un billet précèdent]

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